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Nouvelle approche du mythe d’Œdipe – rêve et schéma universels 

Nouvelle approche du mythe d’Œdipe – Rêve et schémas universels

in « Les Mondes parallèles » – 1998

L’image est bien plus qu’une parure du rêve ; elle est l’énergie transcendante et manifeste du
rêveur par qui le ciel épouse la terre. Les noces alchimiques intérieures créent des figures toujours
plus belles au cours des films oniriques nocturnes. À l’état vigile répond un autre état d’éveil là où
l’Esprit pur, le Maître intérieur, transmet son message.
Les chemins universels sur la route universelle sont les panneaux indicateurs de l’évolution
de la Psyché ; ils marquent les grandes étapes de l’avancée libératrice et réalisatrice.
Dans le mythe d’Œdipe transmis par Sophocle certains grands schémas, les archétypes du
Soi, ont été repérés mais d’autres ont échappé à la lecture pourtant perspicace des psychanalystes
que sont Freud et Lacan. Dans le domaine de l’étude des symboles Jung est allé plus loin mais s’il a
découvert la science des archétypes il n’a pas eu le temps de démontrer parfaitement l’utilité de cette
approche technique en psychothérapie.

Les significations d’un symbole simple varie d’un rêveur à un autre alors qu’au contraire
l’archétype est un merveilleux symbole dont l’une des significations reste universelle, immuable.
Les interprétations symboliques sont personnelles alors que les significations archétypales sont
partagées par tous. L’archétype est énergie ; dans les rêves la progression favorable de ce type de
signification indique une augmentation de puissance intérieure du rêveur. Chaque archétype tant à
devenir un archétype de totalité (ou du Soi). L’archétype du Soi correspond à une haute évolution de
l’archétype.

Archétypes et schémas dans le mythe d’Oedipe :
Œdipe signifie en grec : «pied percé» ou «pied enflé» (abandonné par crainte de l’oracle
Œdipe enfant est transporté par un soldat qui lui a lié les pieds). Dans les rêves le pied code les
racines et l’histoire ancestrale tandis que le pied blessé, malade, indique que l’on touche un
problème archaïque non résolu provenant de la relation aux parents dans l’enfance (période
oedipienne, préoedipienne, intra-utérine…, voire karmique).
À l’âge adulte oedipe conduisant son char rencontre, face à lui, un autre homme (lui aussi
sur un char). Aucun ne veut céder le passage. Ils se battent et Oedipe tue Laios sans savoir qu’il est
son père. Plus tard il vainc le sphinx et il est conduit en héros à Thèbes où Jocaste va l’épouser sans
savoir qu’il est son fils.
Freud a découvert que ce mythe illustre une histoire archétypale. Tous les garçons du
monde tuent inconsciemment leur père pour coucher symboliquement avec leur mère.
Dans ces aspects négatifs la Fonction Maternelle représente l’ici, le connu, l’idée actuelle, le
chaos originel, la fusion fantasmatique et la limitation des ouvertures de conscience. Alors que la
Fonction Paternelle dans ses aspects positifs représentent l’ailleurs, l’étranger, les prises de
conscience de l’ordre, de la loi et la recherche de la vérité.

La rencontre du sphinx :
Œdipe affronte le monstre qui dévore les thébains et trouve la réponse à l’énigme : «Qui
marche à quatre pattes le matin, à deux à midi et à trois le soir?». Notre héros répond : «l’homme» ;
réponse, hélas incomplète, nous le verrons.
Le sphinx symbolise les quatre initiations spirituelles (de la terre, de l’eau, de l’air et du feu).
L’initiation de la Terre est celle de la lucidité (les grandes vérités éternelles) ; l’initiation de l’eau :
celle de la connaissance des ondes subtiles (clairvoyance et magnétisme) ; l’initiation de l’air : le
dédoublement et le voyage astral ; l’initiation du feu : la vision de l’avenir et la prophétie. Enfin
nous arrivons à la cinquième initiation : l’initiation de l’éther : l’Illumination et la Conscience
Cosmique.
Analysons maintenant l’énigme et découvrons les véritables réponses :
«Qui marche à 4 pattes le matin? et bien l’être humain travaillant à l’unité des 4 énergies en lui.
Qui marche à 2 pattes à midi? – L’être humain qui ensuite fait monter et descendre les
énergies féminines et masculines (Ida et Pingala dans la terminologie sanskrite) dans le corps subtil.
Qui marche à 3 pattes le soir? – l’être humain qui crée l’unité entre la terre et le ciel en
ouvrant ses chakras (centres d’énergie du corps subtil) ; il unie les deux forces (masculines et
féminines) pour faire monter la Kundalini (énergie androgyne) pour parachever l’ouverture des
chakras. Ces puissantes énergies guérissent le corps, l’âme et l’esprit puis agrandissent tout le champ
de conscience pour nous conduire enfin vers l’Absolu, le Nirvana. Les mouvements dans les rêves et
l’évolution du sujet atteste la réalité de cette circulation énergétique et subtile.

L’archétype de l’aveugle :
Fréquemment dans les mythes, les contes et les légendes l’aveugle code celui qui a fait don
du regard physique au profit du regard intérieur. C’est le cas d’Œdipe comme l’a fort bien vu Lacan
(Voir : Séminaire – Livre VII «L’éthique de la psychanalyse», p.356/357- ed. Du Seuil) :
Œdipe a certes gagné une forme de clairvoyance humaine mais il lui manque encore la
clairvoyance subtile car sa sagesse peut être remise en cause quand il maudit ses fils dont il
pronostique la rivalité. En se crevant les yeux le héros développe partiellement sa conscience
intérieure mais si au lieu de passer par cette épreuve il avait acquis la Connaissance il aurait obtenu
la longévité après avoir atteint le bois magique.

La Fontaine de Vie – L’Arbre de la Connaissance :
Dans son texte Sophocle décrit le jardin du paradis : l’Arbre de vie, (trésor incomparable et
inépuisable), l’élixir de vie (les libations d’eau et de miel), les sources du fleuve aux eaux pures, le
bois et tout le pays qui est terre sainte.
La description est claire, le bois sacré est en fait le jardin de la Genèse.
La Fontaine de Vie et l’Arbre de la connaissance, joyau du jardin d’éden apparaissent dans le
bois sacré. L’Arbre et la Fontaine sont des grands symboles qui désignent le corps subtil dans la
physiologie du Yoga.

Le Caducée d’hermès – la physiologie du corps subtil :
Un axe entouré de deux spirale surmontées d’ailes, la tribu du dieu guérisseur, la baguette
magique d’Hermès, permet d’identifier les trois canaux d’énergie du corps subtil (Ida, Pingala,
Suchumna dans la terminologie sanskrite) et au sommet les ailes ouvertes représentent le
Brahmarandra chakra dont l’épanouissement conduit aux voyages astraux.
Dans l’étude des rêves nous trouvons plusieurs symboles désignant cette physiologie du
corps subtil : les successions des montées et des descentes codent les circulations des énergies Ida et
Pingala, le travail de purification du rêveur et le lien qu’il fait entre le ciel et la terre. L’unification
haut/bas conduit au Nirvana ; c’est là un mythe paradisiaque extrêmement répandu.
Les femmes ou les animaux femelles qui s’élèvent ou descendent codent l’énergie féminine
Ida. Les hommes ou les animaux mâles qui grimpent ou retournent vers le bas codent l’énergie
masculine Pingala. Ces mouvements (dans les rêves) s’accompagnent souvent de symboles de
nettoyage, de blanchissage, de purification : bain, lessive, balayage, couleur blanche…
Les étapes de l’ascension ultime dessinent les montées de la Kundalini. Survient alors
l’image de l’ascension d’un serpent, d’un enfant divin, d’un initié, etc. illustrant la quête spirituelle.
Les sommets (qu’il s’agisse du sommet d’un arbre, d’un corps humain, d’un objet, d’une
maison, d’une colline…) désignent toujours dans les rêves le Brahmarandra chakra (ou centre
d’énergie au-dessus de la tête). L’ascension de la montagne cosmique précède souvent un rêve
d’envol, un voyage astral.
En onirothérapie lorsqu’une personne (en analyse) découvre ce monde subtil, apprend
l’existence du corps astral et intègre cette connaissance, survient alors le rêve de la Fontaine de Vie
ou de l’Arbre d’immortalité ; et dans les rêves qui précèdent nous observons la construction
symbolique de la baguette du Caducée. Les symboles marquants cette élaboration différent d’un
rêveur à l’autre.
Les serpents enroulés autour du bâton sont imagés par des volutes de fumée, des escaliers
en colimaçon, des plantes grimpantes, des guirlandes, des torsades, des tresses, des spirales, etc.
Le bâton est symbolisé par un axe vertical, le sommet des choses et des êtres.
Les ailes ouvertes sont codées par des animaux ailés, tout ce qui vole et ce qui est dans le ciel.
Quand ces symboles apparaissent dans un même rêve c’est signe pour le rêveur d’une
nouvelle ouverture spirituelle.
La symbolique de la structure physiologique du corps subtil est un des principaux
archétypes du soi dans les rêves. Elle annonce souvent un évènement heureux et initiatique pour le
rêveur.

À l’idée d’archétype on reproche souvent le manque de personnification individualisé
attribué à ce type de symbole. Or, l’archétype de totalité diffère dans les détails pour chaque
personne et par conséquent ne code pas la même chose pour tous. Il décrit uniquement une phase
semblable pour ceux qui rêvent de cette même figure que j’appelle aussi archétype paradisiaque.
L’archétype évolue dans les rêves et aboutit tôt ou tard à un archétype paradisiaque.
Ainsi, peu à peu, le jardin va devenir, à la fin d’une phase d’évolution du rêve un jardin
paradisiaque. La fontaine apparaît lorsque le sujet est prêt à se purifier intérieurement. Car là où
s’arrête la psychanalyse «être mieux» s’intensifie la spiritualité : «être mieux encore».
C.G. Jung a retrouvé cet archétype dans un livre alchimique «le Rosaire des Philosophes»
dont il s’est inspiré pour sa «psychologie du transfert». Le bain à deux, dans les rêves, image la
phase d’androgynie ; ainsi le sujet va purifier de harmonieusement son animus et son anima ; s’il vit
en couple alors il est prêt à être dans le même bain que la personne aimée. Dans d’autres récits
oniriques : «goûter les fruits du paradis» peu correspondre à une nourriture exceptionnelle de
l’esprit.
Oedipe n’est pas allé jusqu’au bout de sa quête ; s’il est devenu un héros existentiel il n’est
pas devenu l’être réalisé. Il n’atteint pas la science métaphysique, qu’incarne la Fontaine et l’Arbre
sacré permettant d’aboutir à l’Illumination et à la Conscience Cosmique.

En conclusion et pour mieux situer la dimension de la psychothérapie spirituelle je citerai
un extrait de conférence inédit du philosophe François brousse :

«Freud nous apporte cette idée parfaitement fausse et parfaitement vraie qu’il y a dans
notre inconscient deux puissances éternelles qui sont l’Amour et la Mort, la Luxure et la Haine –
l’Érotisme et l’Agressivité, qui sont comme il le dit fort bien Éros et Thanatos.
Son message est parfaitement vrai mais il est parfaitement incomplet. Car il y a une
troisième force, une force divine, qui est en nous et qui est l’élan vers la perfection, l’élan vers la
beauté, l’élan vers la justice…
Il faut prendre conscience que cet être qui est en nous, ce feu surnaturel qui monte et qui
tend à s’épanouir dans l’infini, c’est notre être véritable.
Quand Freud déclare que nous sommes en proie à l’amour et à la mort il oublie que nous
sommes aussi en proie à l’éternité et à la sagesse transcendante. À côté d’Éros et de Thanatos il y a
Psyché.»

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